C'est de ma faute. Tout est de ma faute. C'est presque toujours de ma faute. Je suis souvent coupable, du moins je me sens souvent coupable.
C'est entre autre de ma faute si il part, si il s'éloigne jour après jour. Parce que je ne l'aime pas, que je l'ai jamais aimé et qu'elle le sait. Ca aurait pu être pire, j'aurais pu être la cause de ses problèmes, encore que, l'histoire n'est pas encore finie, donc qui sait ? Moi, ses problèmes j'en avais marre de les subir, ce n'était pas mon rôle souffrir à cause de lui, ça n'avait aucun sens. Et pourquoi je parle au passé puisque c'est toujours là ? Alors je suis fautive d'être heureuse de son départ, et peut-être même de l'avoir causé indirectement. Faute indirecte. Mais faute.
Si elle elle est triste, c'est de ma faute, entre autre aussi. Je ne l'aime pas assez. Je l'enfonce. Je suis fautive de ne pas l'aider assez. Et c'est pire puisque je m'en vais. C'est de ma faute si elle se fait du soucis, c'est de ma faute si elle s'inquiète. Je suis fautive de ne pas lui faciliter la vie, même si je ne suis pas la pire. En effet, d'autres sont bien plus méchants et odieux que moi, et c'est permanent. Faute maladroite. Mais faute.
Je suis susceptible, c'est de ma faute. Entièrement de ma faute. Oui, c'est de ma faute si je refuse d'entendre ses réflexions sur lui. Après tout, on est lié par la vie, que je le veuille ou non. Après tout, il est son égal à elle, donc je suis fautive de l'enfoncer elle, et de le nier, de l'annihiler lui. Je suis fautive de faire ce qui m'arrange, d'entendre et de voir ce qui m'arrange. Ce sont des moyens pour m'échapper, mais c'est quand même n'importe quoi. Avec une autre aussi je le fais. Double faute. La même. C'est encore pire. Pourtant, c'est une protection. Faute nécessaire. Mais faute.
Pourquoi je n'aide pas cette autre plus ? Alors que je tiens à elle. C'est de ma faute si elle n'arrive pas à sortir de sa tristesse. Entre autre, bien sûr. C'est de ma faute parce que je la laisse tomber, parce que je suis une égoïste, parce que je n'ai plus envie de persévérer pour le moment, c'est inutile. Alors je suis fautive de manque d'altruisme, et d'empathie, parce que je suis aussi fautive d'essayer de m'occuper de mes problèmes, et d'y réfléchir de temps en temps dessus. C'est de ma faute si mes problèmes ne se règlent pas, parce que je suis trop orgueilleuse et que je refuse qu'on m'aide. Ce qui fait que je suis fautive de manque d'attention envers les autres. Faute de désespoir. Mais faute.
Enfin, c'est de ma faute si je ne suis pas bien. Si je ne me sens pas bien. C'est de ma faute car je refuse de l'aide. C'est de ma faute parce que toutes ces angoisses, ces réflexions, elles ne sont que le produit de mes pensées. Je suis fautive de pessimisme. C'est tout de ma faute si je n'arrive pas à me sentir belle, puisque je prends toutes les moqueries pour moi, et que je ne les dépasse pas. Si j'étais un peu moins fautive de manque d'humour, et un peu moins fautive de susceptibilité, et bien, je me sentirais belle alors. C'est de ma faute après tout si je vois tout en noir. J'ai une mauvaise interprétation des choses. Je suis fautive de voir que le monde, que les choses, que la vie ne vont pas toujours aussi bien. C'est entièrement de ma faute si je n'accède pas au bonheur, c'est parce que je m'y refuse. Faute difficilement contrôlable. Mais faute.
Voici toutes les charges qui pèsent contre moi, l'accusée : intolérance envers personnes ayant des problèmes qui conduisent au départ « forcé » de cette personne.
Contre cette accusation, je plaide non-coupable. La tolérance est limitée, car ma souffrance aussi. Je plaide la légitime-défense.
Je suis coupable de négligence et d'ingratitude, de non-payement de dettes en quelques sortes, ainsi que je suis coupable de fuite et d'outrage.
A cette accusation, je ne plaide pas non-coupable, mais juste que je suis un être humain qui ressent des sentiments, et qui malgré tous ses efforts pour les contenir, fait comme ses semblables, les exprime inévitablement.
Je suis accusée de déni. Je suis coupable de refuser de voir ce qui me trouble, ce qui m'angoisse, ce que j'aimerais oublier. Par ce déni, je dénie donc l'identité de deux personnes.
Je plaide non-coupable et de nouveau légitime-défense. Ce n'est pas pour les nier, c'est juste pour me protéger. Je réponds à ça que je ne suis pas responsable de leurs actes ratés, et que je n'ai pas à les assumer aux yeux des autres, qui n'ont aucun droit de le requérir, de façon directe ou sous-entendue.
Je suis coupable d'égoïsme, de préférer me pencher sur mon cas qui n'est pas si grave que ça alors que d'autres personnes de mon entourage en plus nécessitent mon aide, ma présence et mon soutien. Je suis coupable de manque d'altruisme et de narcissisme.
Contre ça, je plaide non-coupable. Narcissisme est le mauvais mot. Comme tout bon être humain qu'il se doit, je dois prendre soin de moi et persévérer dans ma vie. Il est donc normal que je prenne du temps pour moi et que je délaisse aussi les autres pour mon propre bien-être. Même si j'avoue qu'à certains moments, je néglige les autres, ce n'est pas pour leur nuire, mais pour m'aider moi. Il s'avère que je reviens toujours vers autrui.
Enfin dernière charge qui pèse contre l'accusée : pessimisme exagéré, mauvaise interprétation des choses qui entraînent une mauvaise estime de moi. En simplifié, je suis coupable de ne pas prendre assez soin de moi et de ne pas voir le beau, le bonheur tout autour de moi. C'est de la bien mauvaise volonté tout de même.
A cette dernière accusation, je plaide non-coupable à demi. D'où vient mon pessimisme ? Des gens qui se moquent, qui rabaissent, du monde qui va de plus en plus mal et j'en passe. Oui je suis coupable d'orgueil, et parfois de manque d'humour, plus de susceptibilité. Mais si on s'était gardé de continuer à faire des réflexions, des remarques, ou même simplement des gestes, des expressions qui font au final le même effet, si on avait vu que ça ne me plaisait pas et que ça ne m'aidait pas, on aurait peut-être cessé. Alors soit, je suis coupable de mauvaise interprétation du moins interprétation qui n'est pas en ma faveur. Cependant, il ne faut pas oublier que je et nous sommes des humains, et que le contrôle des sentiments, des perceptions et des interprétations n'est pas toujours si évident. Que notre caractère personnel a aussi un rôle. Et que quoiqu'on dise, le regard des autres sur soi et le regard de soi sur ce qui se passe et se trouve autour sont deux choses importantes, parce que ce sont les premières choses qui nous apparaissent.
Le verdict : peu importe quel qu'il soit. Acquittée ou condamnée, le résultat est le même, je serai toujours fautive pour certaines personnes. Ces personnes arriveront toujours à réanimer en moi ce sentiment de culpabilité, quoique je fasse comme efforts pour ne rien laisser transparaître. Ces personne trouveront toujours en moi une trace de sentiment, un geste, une attitude, une parole qui feront que j'ai de quoi me sentir coupable.
Finalement, je serai toujours fautive de vouloir faire mon petit bout de chemin à ma façon. Il y aura toujours des obstacles à la progression et à la réalisation de ma vie parce que moi-même je serai un de ces obstacles pour les autres.
Alors je serai toujours, et à jamais coupable. Je me demande vraiment à quoi ça sert que j'ai écris tout ça, puisque rien ne va probablement changer, puisque c'est comme ça et que ce sera toujours ma faute.